{"id":967,"date":"2018-10-25T10:01:37","date_gmt":"2018-10-25T09:01:37","guid":{"rendered":"https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/?p=967"},"modified":"2018-10-25T10:27:26","modified_gmt":"2018-10-25T09:27:26","slug":"ecrit-vain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/ecrit-vain\/","title":{"rendered":"\u00c9crit vain"},"content":{"rendered":"<p>Demandez \u00e0 dix auteurs\/teuses\/trices ce qu\u2019est pour eux\/elles qu\u2019\u00eatre \u00e9crivain, comment ils\/elles travaillent, quelles sont leurs inspirations, et vous obtiendrez dix r\u00e9ponses diff\u00e9rentes. Bien s\u00fbr, de grandes lignes et de grandes familles se d\u00e9gageront, mais chacun a son approche du job, et il n\u2019y en pas une meilleure ou pire qu\u2019une autre. Fort de ce constat qui enfonce les portes ouvertes avec une d\u00e9licatesse de bourrin, je me suis encore pos\u00e9 la question ce week-end, en nous observant toutes et tous, au tr\u00e8s bon Festival sans Nom de Mulhouse\u00a0: au fond, \u00e9crire, est-ce que, justement, c\u2019est un job\u00a0? Et pourquoi est-ce que je m\u2019\u00e9vertue, nom de foutre, \u00e0 regarder la paille dans l\u2019\u0153il de mon voisin, au lieu de g\u00e9rer la poutre qui me sert d\u2019excroissance\u00a0? Ou autrement formul\u00e9, \u00e0 quoi bon \u00e9crire cet article dans lequel chacun va penser se reconna\u00eetre, croire que je le brocarde avec talent et m\u00e9chancet\u00e9, alors qu\u2019en fait, le seul que je rhabille pour l\u2019hiver, c\u2019est encore moi-m\u00eame\u00a0?<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est parce que c\u2019est avec beaucoup d\u2019interrogations que je repars de z\u00e9ro l\u2019ann\u00e9e prochaine, en abandonnant le roman policier pour me frotter \u00e0 de nouveaux genres litt\u00e9raires, et \u00e0 quarante-trois ans bien tass\u00e9s, \u00e0 lire vos statuts \u00e0 tous, mes s\u0153urs et mes fr\u00e8res de plume, le doute m\u2019habite\u00a0: et si je ne devenais jamais un \u00e9crivain\u00a0?<\/p>\n<p>(Question purement rh\u00e9torique, je sais bien que j\u2019\u00e9cris, c\u2019est juste pour faire une transition avec l\u2019inventaire qui suit.)<\/p>\n<p>Peut-on \u00eatre \u00e9crivain quand, comme moi, on n\u2019a pas contract\u00e9 les habitudes suivantes\u00a0?<\/p>\n<p>&#8211; Mes personnages ne me hantent jamais la nuit, ne me poursuivent pas quand j\u2019ai fini d\u2019\u00e9crire, ne frappent pas \u00e0 la porte de mon imagination quand mon manuscrit est termin\u00e9. Non, quand j\u2019\u00e9teins l\u2019ordinateur, ils restent bien sagement dans mon disque dur, et ne se manifestent que lorsque c\u2019est l\u2019heure de s\u2019y remettre. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 assez des moustiques et de mes enfants pour m\u2019emp\u00eacher de dormir, alors chacun \u00e0 sa place. Je ne pense jamais \u00e0 mes personnages en dehors des horaires d\u2019ouverture des bureaux.<\/p>\n<p>&#8211; \u00c9crire n\u2019est pas une drogue. Encore moins un besoin imp\u00e9rieux qui me cueille \u00e0 l\u2019\u00e2me et m\u2019oblige \u00e0 me pr\u00e9cipiter sur la premi\u00e8re feuille qui se pr\u00e9sente, pire qu\u2019un dysent\u00e9rique un lendemain d\u2019hu\u00eetres. Non, \u00e9crire est une partie de mon m\u00e9tier, un choix que j\u2019ai fait il y a quelques ann\u00e9es, et qui m\u2019offre bien des avantages. Mais je sais qu\u2019en fonction des circonstances ou des opportunit\u00e9s, je pourrai arr\u00eater cette activit\u00e9 du jour au lendemain, sans manque ni regret.<\/p>\n<p>&#8211; La page blanche\u00a0? Qu\u2019est-ce que c\u2019est, la page blanche\u00a0? Je ne crois ni au g\u00e9nie ni \u00e0 l\u2019inspiration. Je ne crois qu\u2019au travail, \u00e0 la r\u00e9gularit\u00e9, et \u00e0 l\u2019absence de distractions comme seules vertus.<\/p>\n<p>&#8211; Je ne sais pas \u00e9crire ailleurs que dans mon bureau, et j\u2019admire ceux et celles qui \u00e9crivent dans le train, au caf\u00e9, \u00e0 l\u2019h\u00f4tel ou dans les a\u00e9roports (je le sais, je vois les photos sur Instagram, entre deux publications d\u00e9di\u00e9es \u00e0 mon propre g\u00e9nie\u2026). Moi, je sais pas faire. Je suis un laborieux, qui a besoin de ses rep\u00e8res et du silence le plus complet pour pondre un d\u00e9but de phrase. \u00c0 la limite, corriger, oui, j\u2019y arrive. Mais cr\u00e9er, non. Sinon, je vous ai dit que ma fille \u00e9tait autiste\u00a0? Je comprends mieux certaines choses\u2026<\/p>\n<p>&#8211; Mes textes sont toujours rendus en temps et en heure. Je ne connais pas les nuits blanches et les affres du rush de la derni\u00e8re ligne droite. Habitude contract\u00e9e de mon ancienne vie de fonctionnaire, ou d\u00e9formation professionnelle du correcteur qui sait que la cha\u00eene du livre est compos\u00e9e de diff\u00e9rents rouages interd\u00e9pendants\u00a0? Toujours est-il que lorsqu\u2019une \u00e9ditrice me demande\u00a0: \u00ab\u00a0Pensez-vous pouvoir me rendre votre texte l\u2019ann\u00e9e prochaine\u00a0?\u00a0\u00bb, je lui r\u00e9ponds invariablement \u00ab\u00a0Oui, \u00e0 quelle heure\u00a0?\u00a0\u00bb. Et je m\u2019y tiens.<\/p>\n<p>&#8211; Sur les salons, je me sens souvent comme un cul dans un champ de bites. Les effusions, les c\u00e2lins, les accolades, sont pour les auteurs qui m\u2019entourent, pas pour moi. Quand on me demande un selfie, si j\u2019accepte bien volontiers, je garde toujours les bras le long du corps, je ne pose jamais la main sur l\u2019\u00e9paule de la lectrice, je suis un type r\u00e9serv\u00e9, celui auquel on n\u2019apporte presque jamais de chocolats. De toute fa\u00e7on, j\u2019aime pas le chocolat, je pr\u00e9f\u00e8re le saucisson.\u00a0 Sinon, je ne fais pas de c\u0153ur avec les doigts, et alors que les copains\/pines vont s\u2019arsouiller jusqu\u2019\u00e0 pas d\u2019heure dans les rades locaux, je regagne le plus souvent ma chambre \u00e0 23 heures au plus tard. Et je suis toujours le premier le lendemain matin \u00e0 l\u2019ouverture du petit d\u00e9jeuner. Bonjour tristesse. Si \u00e7a se trouve, je les envie, allez savoir\u2026<\/p>\n<p>&#8211; Tiens, parlons-en, des salons. Quand j\u2019arrive sur un festival, non seulement je connais ou j\u2019ai lu bon nombre des coll\u00e8gues pr\u00e9sents, mais invariablement, je repars avec des livres qui me font envie, que je fais signer et \u2013 tenez-vous bien \u2013 que je lis\u00a0! Oui, sur les salons, j\u2019aime \u00e0 d\u00e9couvrir les auteurs que je ne connais pas. L\u2019inverse se v\u00e9rifie chaque fois qu\u2019il me tombe un \u0153il\u2026 Puis-je \u00eatre un jour un auteur, si je suis avant tout un lecteur\u00a0? L\u00e0 encore, vraie fausse question, relisez donc <em>\u00c9criture<\/em>, de Stephen King\u2026<\/p>\n<p>&#8211; Enfin, je ne reposte presque jamais de recensions, articles ou chroniques sur mes livres. D\u2019abord parce que je ne dois pas en avoir tant que \u00e7a, ensuite parce qu\u2019elles \u00e9chappent le plus souvent \u00e0 mon radar, concentr\u00e9 que je suis sur le texte suivant, enfin parce que la blogosph\u00e8re est d\u00e9finitivement un monde qui m\u2019est \u00e9tranger, avec ses rites, ses us et coutumes auxquels je ne comprends rien.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9sumer, je suis un vrai bonnet de nuit, chiant comme la mort. Pourtant, \u00e0 bien y r\u00e9fl\u00e9chir, j\u2019ai au moins une caract\u00e9ristique de l\u2019\u00e9crivain\u00a0: je suis pomp\u00e9 par l\u2019AGESSA, l\u2019IRCEC et toutes ces joyeuset\u00e9s pire que par des sangsues dans un gonzo zoophile.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-968 size-full\" src=\"https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/underwood.jpg\" alt=\"Underwood Fr\u00e9d\u00e9ric Dard\" width=\"1041\" height=\"1000\" srcset=\"https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/underwood.jpg 1041w, https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/underwood-300x288.jpg 300w, https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/underwood-768x738.jpg 768w, https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/underwood-1024x984.jpg 1024w, https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/underwood-600x576.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 1041px) 100vw, 1041px\" \/><\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, je reste et demeure fascin\u00e9 par les for\u00e7ats de l\u2019Underwood, les pisseurs de copie g\u00e9niaux qu\u2019\u00e9taient Fr\u00e9d\u00e9ric Dard, Simenon, GJ Arnaud, Ponson du Terrail et tous ces graphomanes pour lesquels l\u2019\u00e9criture \u00e9tait autant une drogue qu\u2019une n\u00e9cessit\u00e9. Et je m\u2019interroge souvent, s\u2019ils \u00e9taient en activit\u00e9 de nos jours, sur le regard qu\u2019ils porteraient sur le monde de l\u2019\u00e9dition, sur ses querelles Amazoniennes, ses jalousies et ses pol\u00e9miques, et si mon ma\u00eetre absolu, Fr\u00e9d\u00e9ric Dard, se serait fait chier la bite \u00e0 administrer une page Facebook \u00ab\u00a0Fr\u00e9d\u00e9ric Dard Auteur Officiel \u00bb.<\/p>\n<p>Le m\u00eame Fr\u00e9d\u00e9ric Dard qui se plaisait \u00e0 se comparer \u00e0 un pommier, dont le seul but \u00e9tait de produire des fruits. Peu importait qu\u2019on en f\u00eet des tartes, qu\u2019on les cuisin\u00e2t en compote, ou qu\u2019on les mange\u00e2t crues. Du moment o\u00f9 la pomme \u00e9tait cueillie, sa seule obsession \u00e9tait de produire la suivante, la pr\u00e9c\u00e9dente ne lui appartenant plus.<\/p>\n<p>Sur ce questionnement d\u2019une fausse humilit\u00e9 assum\u00e9e, je vous laisse, je me suis engag\u00e9 \u00e0 rendre mon dernier texte \u00e0 mon \u00e9ditrice pour le 6 novembre, \u00e0 10 h 50.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Demandez \u00e0 dix auteurs\/teuses\/trices ce qu\u2019est pour eux\/elles qu\u2019\u00eatre \u00e9crivain, comment ils\/elles travaillent, quelles sont leurs inspirations, et vous obtiendrez dix r\u00e9ponses diff\u00e9rentes. 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