{"id":1119,"date":"2020-04-01T15:03:57","date_gmt":"2020-04-01T14:03:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/?p=1119"},"modified":"2024-01-16T10:19:41","modified_gmt":"2024-01-16T09:19:41","slug":"un-amour-de-morrigan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/un-amour-de-morrigan\/","title":{"rendered":"Un amour de Morrigan"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-1107 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Sans-titre-1-300x95.gif\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"95\" srcset=\"https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Sans-titre-1-300x95.gif 300w, https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Sans-titre-1-768x244.gif 768w, https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Sans-titre-1-1024x325.gif 1024w, https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Sans-titre-1-600x190.gif 600w, https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Sans-titre-1-1080x343.gif 1080w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0\u00c0 Combray, tous les jours d\u00e8s la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi, longtemps avant le moment o\u00f9 il faudrait me mettre au lit et rester, sans dormir, loin de ma m\u00e8re et de ma grand\u2019m\u00e8re, ma chambre \u00e0 coucher redevenait le point fixe et douloureux de mes pr\u00e9occupations. On avait bien invent\u00e9, pour me distraire les soirs o\u00f9 on me trouvait l\u2019air trop malheureux, de me donner une lanterne magique, dont, en attendant l\u2019heure du d\u00eener, on coiffait ma lampe ; et, \u00e0 l\u2019instar des premiers architectes et ma\u00eetres verriers de l\u2019\u00e2ge gothique, elle substituait \u00e0 l\u2019opacit\u00e9 des murs d\u2019impalpables irisations, de surnaturelles apparitions multicolores, o\u00f9 des l\u00e9gendes \u00e9taient d\u00e9peintes comme dans un vitrail vacillant et momentan\u00e9. Mais ma tristesse n\u2019en \u00e9tait qu\u2019accrue, parce que rien que le changement d\u2019\u00e9clairage d\u00e9truisait l\u2019habitude que j\u2019avais de ma chambre et gr\u00e2ce \u00e0 quoi, sauf le supplice du coucher, elle m\u2019\u00e9tait devenue supportable. Maintenant je ne la reconnaissais plus et j\u2019y \u00e9tais inquiet, comme dans une chambre d\u2019h\u00f4tel ou de \u00ab\u00a0chalet\u00a0\u00bb, o\u00f9 je fusse arriv\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en descendant de chemin de fer. <\/em><\/p>\n<p><em>Au pas saccad\u00e9 de son cheval, Golo, plein d\u2019un affreux dessein, sortait de la petite for\u00eat triangulaire qui veloutait d\u2019un vert sombre la pente d\u2019une colline, et s\u2019avan\u00e7ait en tressautant vers le ch\u00e2teau de la pauvre Genevi\u00e8ve de Brabant. Ce ch\u00e2teau \u00e9tait coup\u00e9 selon une ligne courbe qui n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re que la limite d\u2019un des ovales de verre m\u00e9nag\u00e9s dans le ch\u00e2ssis qu\u2019on glissait entre les coulisses de la lanterne. Ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un pan de ch\u00e2teau, et il avait devant lui une lande o\u00f9 r\u00eavait Genevi\u00e8ve qui portait une ceinture bleue. Le ch\u00e2teau et la lande \u00e9taient jaunes, et je n\u2019avais pas attendu de les voir pour conna\u00eetre leur couleur, car, avant les verres du ch\u00e2ssis, la sonorit\u00e9 mordor\u00e9e du nom de Brabant me l\u2019avait montr\u00e9e avec \u00e9vidence. Golo s\u2019arr\u00eatait un instant pour \u00e9couter avec tristesse le boniment lu \u00e0 haute voix par ma grand-tante et qu\u2019il avait l\u2019air de comprendre parfaitement, conformant son attitude, avec une docilit\u00e9 qui n\u2019excluait pas une certaine majest\u00e9, aux indications du texte ; puis il s\u2019\u00e9loignait du m\u00eame pas saccad\u00e9. Et rien ne pouvait arr\u00eater sa lente chevauch\u00e9e. Si on bougeait la lanterne, je distinguais le cheval de Golo qui continuait \u00e0 s\u2019avancer sur les rideaux de la fen\u00eatre, se bombant de leurs plis, descendant dans leurs fentes. Le corps de Golo lui-m\u00eame, d\u2019une essence aussi surnaturelle que celui de sa monture, s\u2019arrangeait de tout obstacle mat\u00e9riel, de tout objet g\u00eanant qu\u2019il rencontrait en le prenant comme ossature et en se le rendant int\u00e9rieur, f\u00fbt-ce le bouton de la porte sur lequel s\u2019adaptait aussit\u00f4t et surnageait invinciblement sa robe rouge ou sa figure p\u00e2le toujours aussi noble et aussi m\u00e9lancolique, mais qui ne laissait para\u00eetre aucun trouble de cette transvert\u00e9bration.<\/em><\/p>\n<p><em> Certes je leur trouvais du charme \u00e0 ces brillantes projections qui semblaient \u00e9maner d\u2019un pass\u00e9 m\u00e9rovingien et promenaient autour de moi des reflets d\u2019histoire si anciens. Mais je ne peux dire quel malaise me causait pourtant cette intrusion du myst\u00e8re et de la beaut\u00e9 dans une chambre que j\u2019avais fini par remplir de mon moi au point de ne pas faire plus attention \u00e0 elle qu\u2019\u00e0 lui-m\u00eame. L\u2019influence anesth\u00e9siante de l\u2019habitude ayant cess\u00e9, je me mettais \u00e0 penser, \u00e0 sentir, choses si tristes. Ce bouton de la porte de ma chambre, qui diff\u00e9rait pour moi de tous les autres boutons de porte du monde en ceci qu\u2019il semblait ouvrir tout seul, sans que j\u2019eusse besoin de le tourner, tant le maniement m\u2019en \u00e9tait devenu inconscient, le voil\u00e0 qui servait maintenant de corps astral \u00e0 Golo. Et d\u00e8s qu\u2019on sonnait le d\u00eener, j\u2019avais h\u00e2te de courir \u00e0 la salle \u00e0 manger, o\u00f9 la grosse lampe de la suspension, ignorante de Golo et de Barbe-Bleue, et qui connaissait mes parents et le b\u0153uf \u00e0 la casserole, donnait sa lumi\u00e8re de tous les soirs, et de tomber dans les bras de maman que les malheurs de Genevi\u00e8ve de Brabant me rendaient plus ch\u00e8re, tandis que les crimes de Golo me faisaient examiner ma propre conscience avec plus de scrupules.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>POISSON D&rsquo;AVRIL !!<\/p>\n<p>Oui, je sais, vous attendiez tous de savoir ce que j&rsquo;ai vu \u00e0 travers les fen\u00eatres dessin\u00e9es par Wilson. Et je peux vous dire que \u00e7a vaut son pesant d&rsquo;asticots. Seulement, pile au moment o\u00f9 j&rsquo;allais vous le r\u00e9v\u00e9ler, un coll\u00e8gue zombie que je n&rsquo;avais encore jamais vu est arriv\u00e9. Pas le genre golgoth, hein ! Plut\u00f4t le gabarit freluquet souffreteux, avec petite moustache de dandy. Il s&rsquo;est approch\u00e9 et m&rsquo;a dit :<\/p>\n<p>\u2014 Longtemps, je me suis d\u00e9compos\u00e9 de bonne heure.<\/p>\n<p>\u2014 Et qu&rsquo;est-ce que tu veux que \u00e7a me foute ? que j&rsquo;y ai r\u00e9pondu. T&rsquo;as pas un caisson de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration, comme tout le monde ?<\/p>\n<p>\u2014 Je m&rsquo;appelle Marcel, qu&rsquo;il me dit apr\u00e8s. Et je suis un zombie \u00e9crivain.<\/p>\n<p>L\u00e0, j&rsquo;ai rican\u00e9 velu. Parce que que les choses soient claires, les deux seuls \u00e9crivains zombies que je connaisse, c&rsquo;est Michel Houellebecq et ma pomme.<\/p>\n<p>\u2014 Dis donc, bonhomme, que j&rsquo;ai r\u00e9torqu\u00e9, faudrait voir \u00e0 pas se moucher du coude. On s&rsquo;improvise pas \u00e9crivain juste parce qu&rsquo;on a un pr\u00e9nom de vieux et une fleur fan\u00e9e \u00e0 la boutonni\u00e8re. Montre voir un peu ce que tu donnes, un stylo \u00e0 la main.<\/p>\n<p>L\u00e0, d&rsquo;un jet, Marcel m&rsquo;a pondu la compo franc que je vous ai recopi\u00e9e juste au-dessus. Putain, ce style imbitable ! Avouez qu&rsquo;il y a de quoi se poignarder l&rsquo;oignon avec une merguez, non ?<\/p>\n<p>Du coup, je l&rsquo;ai renvoy\u00e9 se faire cuire des madeleines \u00e0 grands coups de rangers dans le derche, le Marcel. C&rsquo;est vrai quoi, on a autre chose \u00e0 foutre que de lire ses souvenirs de vacances. Parce que vous, ce que vous voulez, c&rsquo;est savoir ce que j&rsquo;ai vu derri\u00e8re ces portails de l&rsquo;enfer.<\/p>\n<p>Seulement, \u00e0 cause de l&rsquo;autre casse-burnes, j&rsquo;ai fini mon heure quotidienne de pr\u00e9sence, et d\u00e8s demain, je vais devoir cavaler \u00e0 la recherche du temps perdu.<\/p>\n<p>Mais pas de bile, le 1er avril sera pass\u00e9 !<\/p>\n<hr \/>\n<p><em>Envie de (re)lire \u00ab Manhattan Carnage \u00bb, le premier tome des aventures d\u2019Orcus Morrigan ? Lien de t\u00e9l\u00e9chargement gratuit vers ce chef-d\u2019\u0153uvre en p\u00e9ril : https:\/\/we.tl\/t-udgfv9l5Ux<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0\u00c0 Combray, tous les jours d\u00e8s la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi, longtemps avant le moment o\u00f9 il faudrait me mettre au lit et rester, sans dormir, loin de ma m\u00e8re et [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1107,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","om_disable_all_campaigns":false,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1119","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-news"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1119","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1119"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1119\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1120,"href":"https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1119\/revisions\/1120"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1107"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1119"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1119"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.maxime-gillio.com\/maxime-gillio\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1119"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}